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Harcèlement moral ? Qu’est-ce que c’est ?

Par Sud Haute Normandie - 27/11/2000

INFORMATION SUD
HARCELEMENT MORAL : QU’EST CE QUE C’EST ?

Lors du dernier Comité d’Entreprise de la CPAM Rouen, nous avons signalé qu’il existait depuis plusieurs mois dans cette caisse des attitudes et des propos incorrects à l’encontre d’agents. Nous avons attiré l’attention de la Direction sur le fait que la frontière avec le harcèlement moral était très proche et qu’il était nécessaire d’y remédier avant que la situation n’atteigne le pire.

Parce que certaines attitudes à la caisse primaire de Rouen comme dans d’autres organismes sont abusives et que l’on peut très vite basculer vers le harcèlement, il nous paraît utile d’expliquer à tous ce qu’est le harcèlement moral.

Selon Marie France Hirigoyen (psychiatre auteur du livre « le harcèlement moral - la violence perverse au quotidien » édition Syros collection pocket) « toute conduite abusive se manifestant par des comportements, des paroles, des actes, des gestes, des écrits pouvant porter atteinte à la personnalité ou à l’intégrité physique ou psychique d’une personne, mettre en péril l’emploi de celle-ci ou dégrader le climat de travail peut être considérée comme du harcèlement moral » .

Le mécanisme :

Deux phénomènes peuvent aboutir à du harcèlement moral :
L’abus de pouvoir qui est démasqué très vite et n’est pas forcément accepté par le salarié.
La manipulation perverse, plus insidieuse à se mettre en place et qui fait d’autant plus de ravages.

Le harcèlement naît de façon anodine ce qui fait que dans un premier temps la victime ne se formalise pas .

Il faut préciser que dans un groupe, les conflits existent et que c’est la répétition de vexations, humiliations qui constitue le phénomène destructeur.

Le harcèlement est une machine qui se met en marche et qui peut tout broyer .
Il est à noter que l’entourage préfère se tenir à l’écart soit par lâcheté, soit par égoïsme ou par peur.
Le but du harceleur est de retourner tous les faits contre sa victime ; désarçonner la victime, la pousser à la faute.
Les victimes ne sont pas forcément au départ des personnes faibles ou atteintes d’une quelconque pathologie.
Le harcèlement est rendu possible parce qu’il est précédé d’une dévalorisation qui est acceptée et cautionnée par le groupe. Quand le processus est engagé, la victime est stigmatisée : on dit qu’elle est difficile à vivre, qu’elle a mauvais caractère...
Qui agresse qui ?
Cela peut être un collègue qui agresse un autre collègue : parfois le harcèlement est causé par un sentiment d’envie, de jalousie. Dans ce type d’agression entre collègues la hiérarchie devrait réagir et faire cesser le phénomène.
Cela peut être un supérieur agressé par un subordonné : C’est très rare et peut s’expliquer si le supérieur est une personne qui vient de l’extérieur et qui n’est pas intégré par le groupe ou si c’est un ancien collègue promu.

C’est dans la plupart des cas un subordonné qui est agressé par un supérieur : Cela prend soit la forme de l’abus de pouvoir soit ce sont des manœuvres insidieuses d’un individu qui éprouve le besoin d’écraser un « bouc émissaire ».

Comment l’agresseur empêche-t-il sa victime de réagir :
L’agresseur commence par utiliser des manœuvres anodines qui peuvent devenir de plus en plus dures si la victime résiste : il le stresse, il le houspille, il le surveille, il le chronomètre... afin qu’il se sente toujours sur le qui-vive. L’agresseur ne cherche jamais une solution et utilise parfois le reste du groupe.
Ensuite, plusieurs étapes qui ont pour point commun le refus de communication se mettent en place.

Refuser la communication : le harceleur refuse d’expliquer son attitude.
L’agression est sous-jacente (soupirs excédés, allusions destabilisantes ou malveillantes, remarques désobligeantes...).
Le but est d’amener la victime à douter d’elle-même et de ses compétences professionnelles.

Disqualifier la victime : Cela peut être le refus de regarder la victime, ne pas lui dire bonjour, dire quelque chose à une tierce personne suffisamment fort , nier la présence de la victime (déposer les dossiers ou des post-it lorsque le salarié s’absente au lieu de lui parler).
Emettre des critiques indirectes par des railleries, des sarcasmes.

Discréditer la victime : Insinuer le doute dans le groupe.
Ridiculiser , humilier la victime.
Calomnier.
Lorsque la victime « craque » ou s’énerve , cela justifie le harcèlement : « vous voyez qu’elle n’est pas bien ».

Isoler la victime : Casser les alliances possibles avec le reste du groupe.
Priver la victimes des informations.
« Oublier » de la convoquer aux réunions.
Séparer la victime d’autres collègues (exemple interdire aux autres de venir la voir à son poste).
Priver la victime de travail.

Brimer la victime : Confier des tâches inutiles ou dégradantes.
Fixer des objectifs impossibles à atteindre.

Pousser la victime à la faute

Comment peut-on en arriver là ?

Tout cela n’est possible que si l’entreprise ferme les yeux ou l’encourage.
Le harcèlement résulte toujours d’un conflit même si tous les conflits (qui sont inévitables en collectivité) ne dégénèrent pas en harcèlement.
Pour aboutir au harcèlement, il faut une conjonction de plusieurs facteurs :
Deshumanisation des rapports de travail.
Toute puissance de l’entreprise.
Tolérance ou complicité envers l’individu harceleur.

Sur le lieu de travail, c’est aux décideurs (direction, encadrement, maîtrise) de faire ensemble le choix de ne pas laisser faire, de refuser le harcèlement et tout ce qui peut y mener , de veiller qu’à chaque échelon de l’entreprise chaque personne soit en permanence respectée.

Il ne faut pas banaliser le harcèlement en en faisant une fatalité de la société. Ce n’est pas une conséquence de la crise économique actuelle, c’est une dérive d’un laxisme organisationnel dans l’entreprise.

CONSEILS PRATIQUES

Il est important de bien repérer le processus de harcèlement et si possible de l’analyser.
L’idéal est de réagir le plus tôt possible et de noter toute forme de provocation ou toute agression. La difficulté de la défense réside dans le fait qu’il y a rarement des preuves flagrantes.
La victime doit accumuler les traces, indices, noter les faits, brimades, injures, réflexions sur un carnet, photocopier tout ce qui pourrait constituer un élément de défense.
Il est souhaitable d’avoir des témoins même si dans un tel contexte, les collègues se désolidarisent parfois de la victime par peur des représailles ou par égoïsme . Il faut savoir que rien n’empêche un harceleur après avoir « usé » sa victime de s’attaquer au collègue d’à côté. Il est à noter qu’une solidarité de groupe calme souvent l’agresseur.

Trouver de l’aide :
Il faut agir le plus tôt possible.
Même si ce n’est pas facile, il faut d’abord chercher de l’aide au sein de l’entreprise : le responsable du service (s’il n’est pas le harceleur) ou un autre interlocuteur comme le DRH, le médecin du travail (s’il occupe une position de confiance) et s’appuyer sur les délégués.
Il ne faut pas non plus hésiter à consulter les associations de lutte contre le harcèlement et éventuellement un avocat.

Résister psychologiquement :
Pour se défendre d’égal à égal il faut être en bon état psychologique.
Il ne faut pas hésiter à consulter son médecin, un psychiatre ou un psychologue afin de retrouver l’énergie pour se défendre.
Pour diminuer le stress et ses conséquences, la seule solution est souvent l’arrêt maladie. La personne ne devra réintégrer son poste que lorsqu’elle sera complètement en état de se défendre.

Apprendre à résister :
Il ne faut pas se laisser aller à se soumettre ; il faut résister même si cela peut provoquer un conflit.
La victime doit rester imperturbable et ne jamais entrer dans le jeu de l’agressivité .
Retrouver une autonomie de pensée et garder son sang-froid.

Limiter le risque de faute professionnelle :
Apprendre la méfiance en fermant ses tiroirs, en ne laissant pas traîner son agenda, ses dossiers lorsque l’on quitte le bureau même à l’heure du déjeuner. Continuer à être consciencieux dans le travail.

IL FAUT GARDER LA CONVICTION QUE LA VICTIME EST DANS SON BON DROIT ET QUE TÔT OU TARD ELLE REUSSIRA A SE FAIRE ENTENDRE

A LA SECU, CE N’EST PAS POSSIBLE ? :

En lisant ce texte, vous allez vous dire pourquoi SUD insiste-t-il sur le harcèlement alors que nous ne sommes pas concernés ?

Détrompez vous, l’institution n’est pas à l’abri et des affaires sont actuellement en justice. Il suffit de se rappeler du conflit entre le personnel de la CAF de Dijon et son Directeur : ce dernier, suspendu en janvier 2000 était accusé de harcèlement moral : mutations arbitraires, menaces et pressions en tous genres.

Dans de nombreux organismes de sécu, il y a parfois des attitudes tant d’agents de direction que de cadres (certes très peu nombreux) qui sans forcément être du harcèlement moral en tant que tel relèvent de l’abus de pouvoir, de l’acharnement, ou de l’utilisation de « souffre-douleur » ou de « bouc émissaire ». Et la limite entre cela et le harcèlement est vite franchie.

Citons :
Réflexions sur l’aspect vestimentaire ou physique.
Contrôles tatillons et injustifiés des horaires.
Commentaires sur la réalité supposée de la maladie en cas d’arrêt de travail.
Attitudes différentes et injustes entre personnes d’un même groupe.
Tentative de déstabilisation : par exemple en faisant refaire x fois un même travail pour rectifier des broutilles.
Mise à l’écart, tentative d’isolement.
Réflexions ou réprimandes, « engueulades » abusives lorsque les objectifs fixés ne sont pas atteints ou ne vont pas dans le sens souhaité.

Tous ces faits et bien d’autres se vivent au quotidien dans l’institution. Le but de ce tract est d’informer le personnel sur le harcèlement et ses réalités. (surtout n’hésitez pas à lire le livre cité au début du tract).

Si ce tract permet à chacun de prendre conscience que le harcèlement existe et que chacun d’entre nous peut en être victime et s’il peut permettre à des « harceleurs potentiels ou réels » de réfléchir il aura atteint son but.

SUD Protection Sociale Haute Normandie
Sections CPAM Rouen , CTI de Normandie, URSSAF Rouen, UGECAM

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